Évoquer la jolie Cécile c’est évoquer
la beauté et l’amour.
Comment pourrait-il en être autrement ?

Elle qui a formé transformé, reformé, réformé, redressé et défait ou fée, parfois fée carabine mais avec une maman lectrice, je n’y vois rien d’étonnant -de moi l’homme bancal qui se tient devant vous. Avec ces années qui me prennent et que j’ai laissé glisser.

J’ai la faiblesse de croire que tant de matins communs ont pu laisser des traces, que chacun s’est imprégné de l’autre. En tout cas je porte un peu de toi en moi.
J’espère surtout m’être un peu inspiré de ta classe et de ton élégance naturelle.
Ton absence n’est pas.

Je te connais, tu veux des preuves, ma Lara Croft. Je te les ai pourtant glissées fiévreusement à l’oreille, je te les répète aujourd’hui. Quand je bois une Guinness je pense à toi, quand je prends le tram 19 à destination de grand Bigard j’entends ta voix dire groote bije garden, si d’aventure je croise un roux dans la rue j’ai envie de le photographier et d’ajouter l’image à ton album. Comment sentir le poids d’une Le Creuset sans -sur le champ- sentir ce boeuf bourguignon qui n’appartient qu’à toi ? Comme ce moelleux au chocolat dont ta belle-soeur en amour garde précieusement la recette entre deux pages de son grimoire le plus secret. J’ai des souvenirs gourmands et bien d’autres, mais ceux-là n’appartiennent qu’à nous.

Comment pourrai-je jamais lire un roman de Simenon qui parlera désormais du Beurschouburg, Rotte planchei et Nuetnigenough,
des lieux que nous fréquentions, imprononçables pour un gosier français
sauf peut-être pour le tien.

Après 12 années de cheminement commun nos routes se sont séparées, ma vie a pris d’autres détours, d’autres amours, mais nous n’étions jamais bien loin l’un de l’autre. Même si, paresse et lâcheté ordinaire ont pu me le faire avouer : je n’ai pas toujours été à la hauteur, tant s’en faut. Tu as bien voulu me pardonner, j’espère.

Pour vivre.

Et cette envie trop tardive de te dire les mots que Léo Ferré nomme si justement les mots des pauvres gens : « ne rentre pas trop tard » « surtout ne prends pas froid » auxquels j’ajoute ceux-ci que je n’ai pas assez prononcés « Tu vas bien ? N’aie pas peur. Je suis là. Je t’aime »

Il y a deux ou trois jours, je parcourais tes messages, petits texto sans importance dont un terrible qui disait c’est pas mal de vieillir, et je crevais d’envie d’appeler ton numéro pour entendre ta voix, même sur la messagerie de ton téléphone.

Je suis tombé alors sur ton statut de
WhatsApp qui nous dit doucement : « Cécile Bertrand, endormie »

Et comme la
réalité, cette salope, dépasse la fiction, je te dis- puisque tu es endormie,

Bonne nuit mon Bertrand,

Bonne nuit mon amour.

Etienne